Soyons acteurs de notre destin collectif…
L’actualité économique de la Moselle Est se concentre ces derniers mois sur la question de l’avenir de la pétrochimie, ici et en Lorraine.
J’ai longtemps hésité avant de me livrer à ces quelques lignes, jugeant la question trop grave pour me risquer à des approximations, des erreurs de jugement, d’appréciation qui pourraient nuire au combat que nous menons tous de front pour maintenir une chimie sur notre territoire.
J’ai participé au groupe de travail conjoint composé de membres du Conseil Economique et Social et des Conseillers Régionaux de Lorraine. Ce rapport, présenté le 12 octobre dernier à l’IUT de Moselle Est, est aujourd’hui reconnu pour sa qualité.
Je veux d’abord souligner la mobilisation des syndicats pour la défense de leurs entreprises, les quelques élus qui sont aussi de ce combat, ceux de la Région, en particulier le Président Masseret, et quelques collègues Maires, notamment Pierre Jean Didiot, Maire de Sarralbe, les chercheurs qui ont conscience de l’intérêt de la chimie en Moselle Est, et tous ceux qui de près ou de loin participent à cette mobilisation, autrement que par des paroles.
Je souhaite aujourd’hui donner mon analyse, après ce long temps de maturation, et au lendemain de notre comité de pilotage local passé dans l’est mosellan avec Jean Pierre Masseret.
De quoi s’agit-il ? D’un combat, dans notre dos, entre deux entreprises européennes, d’une affaire de gros sous diront certains, cautionnée par l’Etat, qui dans son discours, assume déjà la fermeture à terme, vers 2015 au plus tard, des sites de Carling pour TPF (Total Petrochemicals France) et de Sarralbe pour INEOS.
C’est TPF qui met le feu aux poudres en annonçant la fermeture d’un vapocraqueur. Le rôle du vapocraqueur est de transformer le pétrole brut, de craquer les molécules de naphta, en d’autres composés comme de l’éthylène, du propylène ou du gaz. Il résulte de cette annonce des suppressions d’emplois sur Carling, et une fragilisation du site de Sarralbe, directement lié par un pipeline à Carling. Par ailleurs les négociations sur le contrat de fourniture par TPF à INEOS de la matière première s’annonce difficile sur fond d’une crainte de fermeture du site de Carling à terme et donc d’une mort certaine du site de Sarralbe. Rappelons que les deux entreprises bien qu’interdépendantes sont toutefois concurrentes. Disons aussi que le site de Sarralbe fait des profits importants.
Notre difficulté, c’est que la stratégie de ces entreprises, bien définie au centre de décision, n’est pas connue sur les sites concernés. En effet, le site TPF de Carling dépend de Bruxelles, et celui de Sarralbe dépend du Royaume Uni. Or il nous faut continuellement convaincre ces décideurs de l’intérêt de maintenir un investissement sur ce site, et être là pour accompagner les mutations nécessaires au maintien de la pétrochimie en Moselle Est.
Le groupe de travail CES/CRL s’est donné comme mission d’analyser la situation de la chimie en Lorraine, d’en faire un état des lieux, d’en dégager des marges de progrès, et de faire un certain nombre de préconisations.
Notre premier constat fut de déplorer le positionnement de l’Etat. Plutôt que de se mobiliser comme l’a fait la Bavière en Allemagne pour pérenniser et même développer la chimie sur son territoire, l’Etat français se concentre sur la revitalisation du site de Carling après la « généreuse » obole que présente TPF qui s’élève à 7 millions d’euros. Notre groupe de travail, au contraire, remarque que les entreprises liées à la chimie se développent en Lorraine, que nous avons des chercheurs qui ont su s’organiser sur le territoire, que notre situation continentale n’était pas nécessairement un handicap, et que par conséquent la chimie a encore un avenir ici.
Sur cette base, nous avons d’abord demandé un moratoire sur les restructurations à venir chez INEOS tant que les négociations commerciales en cours ne sont pas officiellement achevées.
Ensuite, nous avons voulu articuler ces préconisations autour de 3 objectifs, qui sont le renforcement de la filière chimie, le maintien d’une pétrochimie dans le bassin de Moselle Est et le Développement de solutions complémentaires dans le cadre de l’aménagement du territoire.
Je veux reprendre quelques unes de ces préconisations et les commenter. Pour renforcer la chimie, outre le rapprochement entre l’enseignement et l’entreprise, ou l’amélioration des contacts avec les acteurs de la pétrochimie présents en Lorraine, nous souhaitons avec l’Etat l’organisation d’une conférence régionale de la chimie en partant des diagnostics déjà réalisés et aller plus loin en termes d’innovation, de recherche pour que naissent des activités nouvelles.
Pour maintenir la chimie en Moselle Est, l’idée phare c’est d’étudier l’impact d’un nouveau pipeline qui relierait Carlin à Ludwigshafen. Notre groupe de travail part du constat que le Land de Bavière a construit un pipeline qui relie Ludwigshafen à l’Autriche. Dès l’annonce de cette construction, le groupe pétrolier OMV annonce un investissement de 640 millions d’euros en lien avec ce pipeline. L’objectif sur Carling, est de casser cette espèce de monopole qui oblige INEOS à ne négocier qu’avec TPF propriétaire et fournisseur unique de Sarralbe en éthylène propylène. D’ailleurs la réaction ne s’est pas fait attendre, puisque, favorable au moment de la rédaction du rapport, TPF a répété clairement et avec force son opposition à cette construction lors de notre entrevue d’hier. INEOS, par contre, verrait ce projet d’un bon œil. Entendons nous bien, l’objectif de la Région Lorraine c’est d’œuvrer dans l’intérêt de la chimie en Lorraine et cette étude sur ce pipeline doit nous dire quelles sont les retombées possibles sur notre industrie chimique. Mais je dois dire que je vois cette agitation d’un bon œil.
Enfin le troisième volet, c’est le développement de solutions complémentaires, grâce à la recherche, sur les biomatériaux, les composites, la chimie verte, etc…
Hier, nous avons rencontré des passionnés de la chimie. Ce travail autour de l’innovation, avec PLASTINNOV, ces chercheurs convaincus des applications nouvelles pour la chimie demain sont autant d’arguments pour soutenir cette filière. J’ai ressenti aussi un vrai décalage hier entre les représentants d’ARKEMA ou de TPF en total décalage avec les PME qui innovent dans pétrochimie, les polymères, avec les chercheurs qui ne cherchent qu’à favoriser le développement de ces entreprises grandes ou petites. Un décalage entre la passion de la chimie pour les uns et la recherche du profit immédiat pour les autres qui justifient leur politique sur le coût du pétrole alors que toute l’Europe centrale et orientale a fait le choix d’un développement continental de la pétrochimie.
J’ai été effaré par ce discours, qui eut pour seul effet de me convaincre encore plus de la nécessité de se battre autour de tous ceux, très nombreux, qui croient en la chimie en Lorraine.
Mon seul regret, étant le manque de mobilisation des élus. Le Conseil Régional est mobilisé sur ce dossier, comme l’est Pierre Jean Didiot, ou le Député Maire de St Avold, présent hier. Mais quid du Conseil Général de la Moselle, quid des députés Blessig, Lang et Lett, très prompts à apparaître aux côtés des manifestants, quid de l’Etat.
Alors, ensemble soyons mobilisés, et convaincus que la bataille pour une pétrochimie en Moselle Est n’est pas perdue.
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